Marième Sakho Dansokho: « Nous n’avions jamais prôné la rétention des notes »

Bien que membre du corps syndical et solidaire de la lutte de ses camarades, Madame Marième Sakho Dansakho est de ceux qui prône la fin immédiate du mouvement de grève des syndicalistes de l’enseignement pour l’intérêt supérieur des élèves et de l’école sénégalaise. Dans cet entretien, elle appelle ses camarades à sauver ce qui peut encore l’être.  Entretien…

Madame Marième Sakho Dansokho vous êtes membre du syndicat des enseignants. Même si aujourd’hui vous avez arrêté votre mouvement de grève, quelle lecture faites vous de l’entêtement de vos camarades des autres groupes syndicaux qui veulent aller jusqu’au bout?

Marième Dansokho: Il n’est pas de mon ressort de juger les autres; c’est a dire mes collègues syndicalistes. Mais, je voudrais dire qu’en ce qui concerne le syndicat des professeurs du Sénégal -qui est composé de l’union syndicale pour une éducation de qualité (Useq de Amadou Diaouné), du Sudes et du grand Cadre, coordonné par Souleymane Diallo- nous avons depuis la rencontre avec le gouvernement, le 6 mai dernier,  jugé nécessaire de suspendre le mouvement; même si nous n’étions pas complètement satisfaits.

Nous nous sommes dits qu’avec les avancées qu’il y’a eues; notamment avec les nouveaux engagements du gouvernement et cela avec des échéances bien claires et soucieux  du devenir de l’école publique qui ne doit pas être mis en péril. Et, compte tenu de l’appel également des parents et des autres segments de la société, nous avons pensé qu’il était temps de suspendre la grève. Et de continuer la pression pour que les autres points, laissés en rade, puissent être pris en charge par le gouvernement.

Donc, il faut quand même penser aux  élèves et à l’inquiétude des parents et aller donner les enseignements pour permettre que ces élèves là puissent être évalués dans des conditions acceptables.

C’est dans la décennie 1990 qu’on a vu pour la première fois apparaître  la rétention des notes dans le milieu scolaire. Qu’est ce qui vous a poussé à faire revenir cette forme de combat que tout le monde a jugé radicale?

Pour le cadre auquel j’appartiens, nous n’avions jamais prôné la rétention des notes. Nous n’avons pas usé de ce moyen de lutte pour pénaliser les élevés. La rétention de notes pénalise les élèves plutôt que l’administration ou les autorités auxquelles nous avons affaire. Aujourd’hui, des élevés en classe de terminale, victimes de cela, ne pourront pas aller postuler pour étudier à l’extérieur. Puisque nous n’en avons pas abusé, nous ne pouvons pas nous sentir responsables de ces gâchis.

Pourquoi assiste-t-on, pratiquement, toutes les années à un bras de fer continu entre le gouvernement et les syndicats?

On ne peut pas mettre la responsabilité sur les syndicats. Ils ont fait leur devoir c’est-a-dire déposer une plateforme revendicative, négocier cela et signer des accords. Le gouvernement est fautif et  il faut le dire parce que c’est lui qui a signé des accords avec les syndicats et fixé des échéances qu’il n’a pas respecté. Et si vous observez bien, depuis plus d’une dizaine d’années, les syndicats courent derrière des accords signés qui ne sont pas mis en oeuvre.

Donc, la responsabilité incombe au gouvernement; çà au moins c’est une constante. Si chaque année l’école est en ébullition il faut aller chercher la faute du côté des autorités. Malgré tout, nous disons que s’il y’a eu des rencontres avec quelques avancées, en syndicalisme tu mets toutes ces avancées dans ta besace et tu continues la pression pour que le reste soit exécuté.  Mais il ne faut pas faire du jusqu’au-boutisme également c’est-à-dire 100% ou rien.

Est ce qu’on a une fois assisté à une réquisition du corps des enseignants au Sénégal?

Moi de ce que j’en sais, c’est la première fois et c’est quand même inédit. Mais je pense que la situation est devenue tellement grave à quelques encablures de la fin de l’année et le bras de fer continue. C’est, certainement, la stratégie du gouvernement pour que l’année ne puisse pas être hypothéquée au point de pénaliser tout le monde. Ce que je souhaite, c’est que cette menace ne puise pas être mise en exécution même si j’ai entendu dire que ça a déjà commencé. Je souhaite également que le gouvernement continue à dialoguer avec nos collègues qui persistent dans le mouvement pour trouver une solution et ne pas aggraver d’avantage la situation.

Pensez vous qu’on ira jusqu’à jusqu’au licenciement pour que vos collègues baissent les armes?

Moi j’aurais appelé mes collègues à réfléchir et ne pas tuer le mouvement syndical qui est là. Je les aurais appelé à suspendre de façon stratégique pour pouvoir reprendre la lutte d’une autre façon. Donc, je voudrais appeler à l’apaisement, appeler le gouvernement à ne pas se radicaliser. Mais, aussi, nos collègues à assouplir leur position pour que le dialogue puise être rétabli et qu’on trouve une solution qui arrange tout le monde

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