POUR UN DIALOGUE POLI [TIQUE]… (par Ngor Dieng)

Faisant référence à la mondialisation et au dialogue des cultures, Cheikh Hamidou Kane écrivait : « Nous n’avons pas le même passé, vous et nous, mais nous aurons le même avenir, rigoureusement. L’ère des destinées singulières est révolue. […] nul ne peut plus vivre de la seule préservation de soi »[1]. Ces propos de l’auteur de L’Aventure ambiguë, peuvent être convoqués pour expliquer l’urgence qu’il y a, dans le contexte sociopolitique de notre pays, à établir un véritable dialogue entre les différents acteurs de la scène politique nationale.

Si les dirigeants de notre pays et les prétendants à la magistrature suprême du Sénégal sont soucieux de l’avenir de notre Etat, ils doivent aller dans le sens de minimiser leurs divergences et taire leurs querelles politiciennes en vue d’apaiser le climat social et politique, et travailler main dans la main pour l’émergence du Sénégal. Cela éviterait un choc des égos politiques et l’instabilité qui pourrait en découler.

Ce dialogue politique devrait être permanent. Il y va de l’intérêt supérieur de la Nation. Les adversités politiques ne doivent pas se transformer en animosité politique. Elles ne doivent pas non plus prendre le dessus sur l’essentiel : le développement du Sénégal. Même si le dialogue politique n’aboutit pas toujours à un gouvernement d’union nationale, comme dans le passé, il constitue tout de même un pas important dans la redéfinition des relations entre le pouvoir et l’opposition : celles-ci doivent être faites de respect mutuel et de visée de l’intérêt supérieur de la Nation.

Certes le jeu politique met en scène le pouvoir et l’opposition, mais l’intérêt supérieur du peuple doit en être l’arbitre. C’est pour cette raison que les questions d’intérêt national doivent susciter l’unanimité des acteurs politiques et sociaux, car « Les citoyens sont pour la République…le trésor le plus cher et le plus précieux »[2]. Or il urge de savoir que le pouvoir à lui seul ne peut pas réussir sa mission sans les autres acteurs politiques et que l’opposition n’a pas de sens sans la coalition au pouvoir. Seulement, le pouvoir et l’opposition doivent être conscients qu’ils agissent au nom du peuple, que l’intérêt général de celui-ci doit être le soubassement de leurs engagements et actions.

A côté du champ politique, le climat social doit être aussi apaisé : les crises scolaires répétitives ont fini par installer l’angoisse au sein des apprenants et de leurs parents, le désamour et la méfiance entre le gouvernement, les syndicats d’enseignants et le peuple. Or l’émergence de notre pays passera nécessairement par la porte d’une éducation de qualité, du culte du travail et de la discipline.

Seulement, qu’il s’agisse du parti au pouvoir ou de l’opposition, il faut définir clairement les modalités et les termes de références de ce dialogue auquel le Président de la République invite l’Opposition. Et il faut aussi que cet appel au dialogue soit sincère.

D’ailleurs, au-delà de ce dialogue, il nous faut réfléchir profondément sur le paysage politique sénégalais qui se morcelle de plus en plus, avec la poussée comme des champignons, de partis politiques qui dénotent que personne ne veut se ranger derrière personne ; qu’en réalité chacun de ces acteurs politique n’est mu que par sa propre personne et ne court que derrière ses propres intérêts. Que notre réflexion peut s’approfondir davantage pour étudier notre conception de la politique et notre rapport avec le pouvoir qui demeure toujours pathologique. Sous nos tropiques, la politique est faite pour acquérir la promotion sociale, la célébrité et pour goûter aux autres avantages conférés par le pouvoir. Rarement, on y agit en politique pour servir le peuple. Le goût du pouvoir est passé par là !

Blaise PASCAL pense que si les philosophes grecs de l’antiquité comme Platon et Aristote ont « écrit de politique, c’était comme pour régler un hôpital de fous ; et s’ils ont fait semblant d’en parler comme d’une grande chose, c’est qu’ils savaient que les fous à qui ils parlaient pensaient être des rois et empereurs. »

Le désamour vis-à-vis de la politique relève entre autres de ce que les acteurs politiques du Sénégal sont restés presque les mêmes depuis l’indépendance jusqu’à nos jours. Que le débat politique n’est pas fructueux mais est plutôt monotone et insipide. Que les concepts sont vides et ne reflètent pas la réalité du commun des Sénégalais. Qu’il y a un écart considérable entre le mobil réel des politiciens et la prise en charge des véritables difficultés auxquelles les masses populaires sont confrontées. L’irruption et la survie sur la scène politique sénégalaise du « wax waxeet » viennent enterrer les dernières lueurs d’espoir des citoyens sénégalais qui ont fini par comprendre que la rupture n’est pas à l’ordre du jour.

Cette situation doit faire réfléchir tous les citoyens en particulier les acteurs politiques, dans un contexte mondial de crise de la politique, étant entendu que « La situation faite à la politique par le monde actuel est paradoxale. La politique est sommée d’orienter ou d’organiser le progrès, alors qu’elle-même ne peut progresser »[3].

[1] Cheikh Hamidou KANE : L’aventure ambiguë, 10/18, p. 92.

[2] Thomas MORE : L’utopie, Editions sociales, Paris, 1978, p. 175.

[3] René PUCHEU dans Guide pour l’univers politique, Les Editions ouvrières, Paris, 1967, p. 29.

Ngor DIENG

Psychologue conseiller

ngordieng@gmail.com

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